Entretien avec le Dr Sylvie Royant-Parola, psychiatre, et également attachée au laboratoire du sommeil de l’hôpital Antoine-Béclère, à Clamart.

    Pourquoi le soleil influence-t-il notre moral ?

    Le soleil, ou plutôt la lumière qu’il dispense, nous met de bonne humeur: elle rend les êtres plus expansifs, plus euphoriques, plus énergiques, car elle bloque la synthèse d’une hormone particulière, la mélatonine. On a longtemps pensé que ce processus ne se réalisait que par les voies visuelles, l’action des rayons lumineux passant par la rétine et stimule des cellules de l’épiphyse (glande hormonale qui sécrète la mélatonine). Ainsi, se promener par beau temps serait l’occasion de faire le plein de lumière.

    Sous nos latitudes, en temps normal, chez un individu travaillant le jour et dormant la nuit, la sécrétion de mélatonine s’effectue la nuit, avec un pic vers 3 ou 4 heures du matin. Elle est très proche, au niveau de sa synthèse, de la mélanine, responsable de la pigmentation de l’épiderme et du bronzage. Toutes deux sont liées à la lumière. Mais la mélatonine joue un rôle particulier : elle est le «donneur de temps» de l’organisme, auquel elle indique qu’«il est 3 heures du matin», c’est-à-dire l’heure «zéro». A ce signal, nos rythmes internes vont se resynchroniser.

    En effet, des expériences ont prouvé que les rythmes de l’organisme d’un individu sont de l’ordre de 25 heures. Ce qui veut dire que, tous les jours, nous avons besoin de réajuster notre cyclicité sur 24 heures. L’harmonie de nos rythmes internes est capitale pour notre bon équilibre physique, mais aussi psychologique. Et on connaît bien les déphasages provoqués par les voyages aériens transméridiens et les troubles afférents (fatigue, irritabilité, mal-être, coup de blues, etc.).

    Les effets de la lumière passent-ils aussi par la peau ?

    Oui, et nous devons cette découverte aux travaux de Campbell, publiés en novembre dernier dans la revue américaine “Science”. Cette étude, très novatrice, a montré qu’en éclairant à forte intensité la face postérieure du genou, on pouvait modifier les rythmes de l’organisme. Cette zone a été choisie parce qu’elle est facile à stimuler sans que les sujets remarquent les différences d’intensité de lumière envoyée. Celle-ci passe alors par la voie sanguine et non visuelle. Une substance serait ainsi modifiée par l’action directe de la lumière et transmise au cerveau. La lumière peut donc exercer une action importante sur les rythmes de l’organisme – donc probablement sur le moral – par le simple fait, par exemple, d’être allongé sur une plage, en ne faisant rien d’autre que bronzer. Même avec des lunettes de soleil ou la tête tournée vers la serviette.

    Certains sont-ils plus sensibles que d’autres à cette lumière ?

    Actuellement, au stade où en sont les recherches, on ne peut pas expliquer pourquoi certains sont plus sensibles que d’autres à ces variations de lumière. On sait néanmoins que quelques personnes font une dépression saisonnière, due à la baisse de lumière entre novembre et février. Il s’agit d’ailleurs plus d’une baisse de moral que d’une véritable dépression. Des recherches ont été entreprises concernant une éventuelle relation entre mélatonine et dépression. Les taux de sécrétion de mélatonine étant inférieurs, chez les dépressifs, à ceux des sujets en bonne santé, on avait pensé qu’elle pouvait avoir des effets antidépressifs. A ce jour, les essais ne sont pas très concluants. Mais lorsque la mélatonine ne joue pas son rôle de «donneur de temps», la désynchronisation secondaire pourrait être cause de dépression.

    Comment apporter plus de lumière à notre organisme ?

    Dans ce domaine, l’intensité lumineuse est prédominante. Plus elle est importante, plus son action sur l’organisme sera significative. Pour réguler les rythmes au mieux, pour que le signal qui resynchronise les fonctions du corps soit plus précis, des intensités lumineuses fortes sont nécessaires. Ainsi, à proximité de l’équateur, la synchronisation liée à la lumière est très importante. Inversement, vers les pôles (avec, en période hivernale, seulement 2 ou 3 heures de jour par 24 heures), on observe des troubles de l’humeur plus marqués. Ainsi, la fréquence des suicides a tendance à être plus importante dans les pays nordiques. Sous nos latitudes, la source d’intensité lumineuse maximale se trouve en haut des pistes, en hiver, lorsque l’on fait du ski, car le degré d’éclairement y est de l’ordre de 100 000 lux (le lux est la mesure de l’intensité lumineuse). Mais, sachant que la lumière a de réelles propriétés bénéfiques sur le moral à partir de 1 500 lux, il est possible, tout au long de l’année, de faire provision de joie de vivre en se promenant, par exemple, durant trois heures, par beau temps, à la campagne, où l’intensité lumineuse est de l’ordre de 15 000 lux.

    Les effets de la lumière sont-ils durables ou ponctuels ?

    L’effet ponctuel intervient par les voies visuelles et il est immédiat, ne serait-ce qu’en regardant par la fenêtre. Si vous profitez de la lumière durant plusieurs jours, les effets seront plus profonds et durables. Vous restaurerez alors votre capital. La structuration temporelle de vos rythmes va s’organiser, devenir plus régulière et pour plus longtemps. Lorsque quelqu’un est mis en situation d’isolation temporelle, les dérèglements ne sont pas immédiats. Ils interviennent généralement après 3 semaines. A l’inverse, en parvenant à régler l’harmonie des rythmes de l’organisme grâce à la lumière, les résultats n’interviendront qu’après un laps de temps. Plus vous aurez d’occasions de profiter de conditions climatiques favorables et d’un éclairement important, plus vous aurez des effets favorables et durables sur l’humeur. Bien sûr, vivre au soleil, jouir de la lumière ne protège pas de la dépression. Cependant, lorsque quelqu’un ne va pas bien en novembre ou en décembre et s’il peut faire une pause et partir dans un pays plus ensoleillé, il revient indéniablement mieux.

    Les cures anti-déprime

    Les cures de lumière sont indiquées dans le cadre d’une dépression saisonnière ou dans le cas de certains troubles du sommeil, et uniquement sur prescription médicale. Elles commencent en milieu médical et se poursuivent à domicile, avec la location ou l’achat de rampes lumineuses de lumière blanche, proche du spectre lumineux naturel, sans ultraviolets et avec le minimum d’infrarouges. Leur intensité lumineuse se situe entre 5 000 et 10 000 lux. On les utilise en prenant son petit déjeuner, son dîner, ou encore en lisant son journal devant la lampe, pendant une demi-heure à une heure par jour. Mais il existe une excellente alternative à ce matériel spécialisé : les lampes halogènes. Leur lumière est plus chaude et d’une intensité lumineuse correcte si l’exposition est assez longue, soit environ 3 heures par jour. En se réfléchissant sur des murs clairs, ce type d’éclairage favorise la resynchronisation des rythmes de l’organisme. Une bonne ambiance lumineuse tout au long de la journée peut complètement changer la vie.

    Source : psychologie.com – Elisabeth Perrier


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